Risque d'infarctus : le cholesterol vraiment coupable ?

Publié le par Christophe ETIENNE

Encore un livre édité aux éditions Thierry Souccar qui dérange et fait tousser la profession ! 

Il faut dire que Thierry Souccar, journaliste scientifique à la plume non édulcorée, avait tapé fort avec Santé, mensonges et propagande, écrit en collaboration avec l'avocate Isabelle Robard, puis 3 ans plus tard Lait mensonge et propagande, ou il bat en brèche 50 ans d'habitudes, de dogmes et de politiques nutritionnelles.

 

Là c'est un médecin qui s'attaque à un nouveau dogme: celui du cholestérol, véritable vache "sacrée de la médecine" selon ses propres termes.

 

Le Dr Michel de Lorgeril de-lorgeril.jpgse spécialise depuis 30 ans dans la prévention des maladies cardiovasculaires. Il préconise la voie des habitudes de vie plutôt que celle des médicaments. Il a notamment organisé et dirigé, de 1987 à 1999, l'Étude de Lyon au cours de laquelle un régime alimentaire de type méditerranéen a permis de réduire très sensiblement la mortalité ainsi que le risque de complications cardiovasculaires et de cancers d’un groupe de patients souffrant de troubles coronariens.

Déjà auteur de quelques livres, dont un sur les bienfaits des oméga-3, il vient de publier une bombe : Dites à votre médecin que le cholestérol est innocent et il vous soignera sans médicament. Évidemment, on l'a fustigé! « Des propos fantaisistes! », a déclaré la Société française de cardiologie. Mais l'homme persiste et signe. Michel de Lorgeril vit et travaille à Grenoble. Il a déjà habité au Québec au milieu des années 1980, il était alors rattaché à l'Institut de cardiologie de Montréal.

 

Dans son livre, le Dr de Lorgeril explique que le cholestérol semble jouer un rôle préventif important dans Alzheimer et on peut se demander s’il est bien raisonnable de le faire baisser. Il faut savoir que les prescriptions de médicaments contre le cholestérol (les fameuses statines) sont en tête des ordonnances en France et de nombreux pharmaciens sont persuadés que ces médicaments sont utiles. Je me sens plus concerné que ma mère prend régulièrement des statines, dès qu'un doute sur une remontée de son cholestérol l'amène à réaliser une analyse sanguine.. Mais ma maman éteignant déjà un âge très respectable, en excellente santé d'ailleurs grand merci ! n'est pas très ouverte à remettre en question ce dogme qui semble bien ancré.. 

En effet, l'idée que le cholestérol joue un rôle important dans les pathologies cardiovasculaires est profondément implantée dans les esprits et il pourrait paraître saugrenu de vouloir la remettre en cause. C'est pourtant ce que font un nombre croissant de médecins et de chercheurs dans le monde entier. 


Mais quels sont les arguments en faveur de l’implication du cholestérol comme facteur de risque cardiovasculaire ? Dès le début du vingtième siècle les pathologistes ce sont aperçus que des substances tels que, entre autres, les plaques d’athérome étaient impliqués dans les lésions artérielles. Parmi ces très nombreuses substances, il y a du cholestérol (y compris sous forme de cristaux), d’où l’idée que le cholestérol boucherait les artères.


Dans un autre livre (Prévenir l’infarctus et l’AVC), Michel de Lorgeril rappelle l’origine de la confusion : « Le cholestérol est une molécule précieuse dans notre organisme, tellement précieuse que nous ne savons pas le détruire, seulement le transformer, par exemple en hormones stéroïdes ou en vitamine D. En conséquence, si le cholestérol se retrouve dans des conditions où il n’y a pas de cellules capables de le métaboliser, il s’accumule et constitue un résidu indestructible (…). L’accumulation de cholestérol n’est donc pas la cause de la lésion – comme le croient certains – mais la conséquence du vieillissement des lésions. »

 

Concernant les statines, en janvier 2011, une méta-analyse réalisée par le groupe Cochrane (une ONG qui diffuse des mises à jour  d'informations fiables sur les effets des soins de santé ; le site français : Centre Cochrane français) de 14 essais cliniques portant sur 34272 participants sans antécédent de mal adie cardiovasculaire a conclu qu’il existe peu de preuves que ces médicaments protègent des personnes  ne présentant peu ou pas de risque.

 

Une autre enquête a étéréalisée à l’université de Cambridge : l'analyse des résultats de 11 essais cliniques randomisés portant sur 65229 personnes dont le risque cardiovasculaire était modéré à élevé donne des résultats surprenants : la prescription de ces médicaments ne diminue pas la mortalité.

On peut donc se poser légitimement la question de l'utilité de consommer des statines de façon irréfléchie.

 

 

Nous reproduisons ici l'interview qu'il a donné auprès du site Passeport Santé

 

PasseportSanté.net –Votre livre a suscité un tollé en France, notamment parce que vous dites que le cholestérol ne bouche pas les artères. Comment pouvez-vous affirmer une telle chose?

 

Michel de Lorgeril - Je ne suis pas le seul à dire cela, loin de là. Dans 99,5 % des cas, l'occlusion d'une artère, qui est la cause de l'infarctus du myocarde, est attribuable à un caillot. Et ce qui cause la formation des caillots dans les artères, ce n'est pas le cholestérol. C'est l'hyperréactivité des plaquettes sanguines, l'hyperactivité du système de coagulation — stimulée par une alimentation de mauvaise qualité — et l'inhibition du système fibrinolytique, qui ne fait pas son travail de dissoudre les caillots quand ils commencent à se former dans l’artère. Par contre, c'est vrai que ces caillots se forment en général sur des artères qui ont été altérées, endommagées par l'athérosclérose. Or, il y a deux composantes dans l'athérosclérose : dans une proportion de 70 %, elle est causée par la « sclérose », c'est-à-dire l'inflammation chronique de la paroi de l'artère, phénomène dans lequel le cholestérol ne joue aucun rôle. L'autre dimension, c'est l'« athérome », un amas de matières grasses qui se forme au coeur même de la sclérose. D'ailleurs, on l'appelle aussi « coeur lipidique ». Or, le cholestérol ne compte que pour 30 %, environ, de l'athérome. Nous voilà rendus à un chiffre de moins de 10 % pour la place du cholestérol dans l'athérosclérose, ce qui est peu, et 0 % pour son rôle dans le caillot. Comme vous voyez, le cholestérol ne peut pas, matériellement parlant, boucher les artères.

 

PasseportSanté.net – Vous affirmez aussi, envers et contre tous, ou presque, que les statines, les principaux médicaments maintenant prescrits pour l'hypercholestérolémie, sont plus dangereuses qu'utiles pour la majorité decholesterol-mensonges.jpgs gens qui en prennent.

Michel de Lorgeril - Comme certains croient que l'infarctus est causé par le cholestérol et comme ils savent que les statines réduisent le cholestérol sanguin, ils les prescrivent pour réduire les risques d'infarctus. Et je vous rappelle que 50 % des gens qui font un infarctus meurent immédiatement ou dans les jours qui suivent. Or, lorsqu'on regarde les essais cliniques des cinq ou huit dernières années avec les statines — tandis que les soins comprennent plus d'options qu’autrefois, comme les antiplaquettaires et l'angioplastie, ce qui théoriquement devrait réduire la mortalité par infarctus — on se rend compte qu'elles ne réduisent pas la mortalité. Cela signifie que les statines n’ont pas d’effet sur le risque de mourir d’un infarctus. À mon avis, prescrire un médicament en laissant croire qu'il va réduire les risques de mortalité quand ce n'est pas le cas est une pratique dangereuse. Mais il y a aussi les inconvénients des statines. 

 

PasseportSanté.net – Vous ne souhaitez certainement pas que les gens mettent leur vie en danger à cause de votre livre. Ne serait-ce pas le cas si plusieurs d'entre eux interrompaient leur médication?

Michel de Lorgeril - Dans nos centres de soins intensifs, de plus en plus de gens qui nous arrivent à la suite d'un infarctus prennent déjà des statines depuis un certain temps. En France et aux États-Unis, les statistiques (que j’expose clairement dans mon livre) nous révèlent que le taux d'infarctus demeure stable, malgré le fait que l'on écrive des dizaines de millions d'ordonnances de statines. Je ne crois donc pas que les gens vont mourir davantage si l'on coupe les statines, même si le marketing de l’industrie pharmaceutique, déjà en phase défensive, l'affirme.

 

PasseportSanté.net – Vous dites que si l’on a pu faire croire à des nations entières qu'il existait des armes de destruction massive en Irak, tandis que ce n'était pas le cas, on peut tout aussi bien leur vendre une guerre au cholestérol. Non pas que ce soit une conspiration, mais parce que l'économie mène le monde et que nous sommes tous, scientifiques et médecins compris, des pions dans ce monde-là.

Michel de Lorgeril - Nous sommes arrivés à un sommet dans la marchandisation de la santé et de la science, et je pense que le dossier des statines en fait foi. Ceux qui ont des choses à vendre font bien leur travail et je n'ai rien à dire là-dessus. Mais il faut que les contrepouvoirs — les universitaires, notamment — fassent leur travail aussi, qui est de faire connaître la réalité concernant l’efficacité des traitements. C'est la base de l'éthique médicale. Et je constate que, dans le cas des médicaments comme dans celui du fast-food ou des affaires politiques internationales — on ne manque pas d'exemples —, les contrepouvoirs sont totalement défaillants. C'est un gros problème de nos sociétés et je sonne l'alarme parce que même le monde de la médecine n'est plus à l'abri de cette marchandisation.

 

PasseportSanté.net – Vous aimez les formules-chocs. Comme celle-ci : « La sédentarité est une catastrophe humanitaire. » Vous y allez un peu fort?

Michel de Lorgeril - Ah non! Pas du tout, je vous assure. Au rythme où l'obésité et le diabète se répandent dans le monde, nos sociétés sont visiblement aux prises avec un problème majeur. C'est multifactoriel, bien sûr, mais la sédentarisation est au coeur de cette problématique. Tout le monde le dit, l'activité physique joue un très grand rôle dans le maintien de la santé en général et de la santé cardiovasculaire en particulier. J'en profite pour insister sur l'importance des muscles. Dans la salle d'urgence de n'importe quel hôpital, quand on voit arriver une personne gravement blessée — à la suite d'un accident de la route, par exemple — on peut prédire ses chances de s'en sortir à l'état de ses muscles. C'est que notre organisme se constitue des réserves afin d'avoir accès aux ressources dont il a besoin pour résister à un stress. En simplifiant un peu, disons que le foie entrepose des glucides, le tissu adipeux entrepose des lipides et les muscles entreposent des acides aminés, qui sont les constituants indispensables des protéines. Or, quand vous êtes blessé ou malade, vous avez besoin de quantités énormes de protéines pour que votre système immunitaire fonctionne, pour cicatriser, pour vous défendre contre l'infection. L'importance des muscles est telle, que je consacre un chapitre entier à ce sujet dans mon livre. Et pour avoir de bons muscles, évidemment, il faut faire de l'activité physique.

 

PasseportSanté.net – Vous prenez le temps, vous, de faire de l'activité physique?

Michel de Lorgeril - Absolument! Je pratique plusieurs sports et je ne me déplace qu’en vélo toute l’année pour mon travail — et cela, dans le climat de Grenoble qui, même s'il reste clément par rapport à l’hiver québécois, est l'un des plus difficiles de France. 

 

PasseportSanté.net – Évidemment, en ce qui concerne l'importance de l'alimentation dans la prévention des maladies cardiovasculaires, vos recherches sur le régime méditerranéen semblent vous donner raison. 

Michel de Lorgeril - Il y a eu deux époques dans l'approche nutritionnelle pour la prévention des maladies cardiovasculaires. Durant la première, qui s'est terminée dans les années 1990, on préconisait les régimes pour diminuer le cholestérol. Or, tous les essais basés sur cette théorie ont été des échecs. Au CNRS, dans notre équipe Coeur et nutrition, nous avons donc décidé d'observer le mode alimentaire des populations qui avaient le moins de maladies cardiovasculaires. Nous avons trouvé deux bons candidats : le Japon et le pourtour méditerranéen. Comme nous pensions que les Français ou les Occidentaux en général auraient de la difficulté à s'adapter à l'alimentation japonaise, nous avons choisi d'étudier celle des peuples de la Méditerranée.

Et quand nous avons observé son effet chez les patients souffrant de troubles coronariens, eh bien, nous avons vu que ça marchait ! D'autres études par la suite ont confirmé ce que nous avions trouvé. Donc, sur une base théorique complètement différente de celle du cholestérol, on peut se protéger des maladies cardiovasculaires. Ça marche à tous les âges et il n'est jamais trop tard pour commencer. Il faut préciser que le régime méditerranéen fait quand même baisser le cholestérol, mais ce n'est pas de cette manière qu'il agit, puisque le régime de l'American Heart Association, destiné à réduire le cholestérol, ne fonctionne pas. On voit donc que ce n'est pas le cholestérol qui est important.

 

PasseportSanté.net – Relativement à la prévention des maladies cardiovasculaires toujours, voyez-vous un rôle utile pour les produits naturels en suppléments comme les policosanols et les phytostérols?

Michel de Lorgeril - Les deux produits que vous mentionnez sont censés faire baisser le cholestérol, mais comme je ne crois pas à la théorie du cholestérol, je n'y vois aucun intérêt. De toute façon, les études récentes indiquent qu'ils n'ont pas l'efficacité — sur le cholestérol — qu'on leur prête. Les suppléments pour lesquels je vois une utilité certaine, par contre, ce sont les huiles de poisson, c'est-à-dire les oméga-3. Aux personnes à risque d'infarctus — à moins qu'elles ne consomment déjà beaucoup de poisson —, il est beaucoup plus important de donner des oméga-3 que des statines, car, là, nous avons la démonstration que l’on améliore l’espérance de vie. D'ailleurs, la diète occidentale, en général, contient trop d'oméga-6 — ce qui est très dommageable — et trop peu d'oméga-3. Tout le monde peut tirer avantage d'un apport additionnel en oméga-3, mais surtout les personnes à risque d'infarctus. Pour en revenir à la prévention des maladies cardiovasculaires, je pense aussi à trois nutriments sous-estimés et qui sont abondants dans les produits de la mer : le sélénium, l'iode et la vitamine D. Il y a également les flavonoïdes, qu'on trouve dans les fruits rouges, le citron, le thé, le café, le raisin, etc. Comme vous voyez, on en revient toujours aux aliments typiques de la diète méditerranéenne.

 

PasseportSanté.net – Est-ce que, dans cette controverse, on n'est pas en train de jouer sur les mots, puisque tout le monde affirme que les changements dans le mode de vie sont indispensables pour prévenir les maladies cardiovasculaires? En fait, ce que vous visez, c'est que les gens prennent en main leur santé?

Michel de Lorgeril - Exactement. Aujourd'hui, le médicament anticholestérol est un alibi pour ne rien faire. Un raisonnement fréquent des médecins est de penser : si mon patient n'arrive pas à arrêter de fumer, je lui donne des statines avec l'espoir que ça diminue ses risques, et notamment celui induit par le tabac. Mais aucune étude scientifique ne permet de dire que cette stratégie fonctionne. Faire croire aux gens qu'en diminuant leur cholestérol ils vont se protéger de la toxicité de leur mode de vie — que ce soit le tabac ou le fast-food —, c'est de la tromperie. Sauf en de très rares exceptions — comme certaines formes d’hypercholestérolémie familiale maligne qui se manifestent très tôt dans l’existence, parfois avant la puberté —, pour s'assurer d'une bonne santé cardiovasculaire, il faut, d'une part, laisser tomber les mauvaises habitudes comme la cigarette, la sédentarité et la malbouffe, et, d'autre part, il faut faire de l'activité physique et adopter une alimentation de type méditerranéen. C'est ça le médicament! Le pouvoir — celui de protéger notre coeur, mais aussi de se protéger de nombreux cancers — est entièrement entre nos mains.

 

Un ostéopathe enquête, avec les explications détaillées du Dr de Lorgeril :


 


 

 

Blog du Dr de Lorgeril

 

http://michel.delorgeril.info/

 

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